Paul Gilbert SJ
Les moments les plus importants de son histoire compliquée

I. 1607-2023
BRÈVE HISTOIRE DU COLLÈGE SAINT S. ROBERT BELLARMIN
- 1. L’histoire compliquée du Bellarmin et sa tradition intellectuelle
- 2. Une communauté internationale
- 3. Quelques lignes directrices rapportées par le Père Arturo Sosa
Le collège Bellarmin est né comme séminaire dirigé par la Compagnie puis « maison d’études » de la Compagnie elle-même. Dans cette courte présentation, je raconterai (1) les moments les plus importants de son histoire séculaire et compliquée, puis nous j’illustrerai (2) ses particularités actuelles et enfin je rappellerai (3) quelques passages fondamentaux d’une lettre du Père Arturo Sosa, Supérieur Général de la Compagnie, en 2019 sur les objectifs de la formation intellectuelle des jésuites à Rome.
1. L’histoire compliquée du Bellarmin et sa tradition intellectuelle
L’histoire du « Collège Bellarmin » est longue. À 100 mètres du « Collège Romain », fondé par Ignace de Loyola en 1551, au centre de la ville de Rome, se trouvait un imposant bâtiment le long de la rue. Il s’appelait « Palazzo Gabrielli ». Les propriétaires venaient de le relier à quelques autres bâtiments situés à l’arrière, de sorte qu’il formait désormais un édifice qui ne manquait pas d’impressionner les passants par sa grandeur et sa beauté. En 1607, ce palais fut vendu à la Compagnie de Jésus, peut-être sous la pression du Pape qui voulait y réaliser un projet précis, ce qui est de fait démontré par le choix de Paul V la même année 1607 et de ses successeurs par la suite de confier la gestion de ce bâtiment à la Compagnie afin qu’y soit érigé un séminaire « de haut niveau ». Les Pontifes demandèrent en effet à la Compagnie d’y former un nouveau clergé, selon les indications du Concile de Trente qui s’était terminé peu avant, en 1563.
« Pie IV a voulu être le premier à donner l’exemple à tous les autres évêques, en créant un séminaire du clergé dans la capitale du monde catholique ; mais il se trouva confronté à la difficulté du manque d’enseignants et d’éducateurs dans le clergé romain. Il crée alors une commission de dix cardinaux et quatre autres prélats qui devaient décider à qui confier le séminaire ; et tous désignèrent unanimement les Jésuites qui, au Collège romain, avaient donné une brillante preuve de leur maîtrise pédagogique et de leur préparation scientifique dans tout ce qui concernait les études ecclésiastiques » (Riccardo Villoslada).
Des évêques envoyèrent alors leurs séminaristes pour vivre au palais Gabrielli et pour étudier au Collège romain voisin, à la Grégorienne de l’époque. C’est de là que vient le nom de la rue dans laquelle nous vivons désormais, « Via del Seminario ». On remarquera que les étudiants du collège n’étaient pas des jeunes jésuites mais des séminaristes diocésains ; les jeunes jésuites résidaient dans le « Collège Romain » lui-même, avec les professeurs. Au fil du temps, les habitants de ce « palais » s’en répartirent les espaces. Par exemple, les séminaristes du Collège germano-hongrois y résidèrent de 1751 à 1773 ; à côté d’eux se trouvaient d’autres étudiants, par exemple ceux d’un certain « Convitto dei Nobili » ou « Internat pour les nobles ».
En 1773, le pape Clément XIV décida de supprimer la Compagnie. Le bâtiment, en un peu plus d’un siècle et demi après son rachat par les Jésuites, n’était plus très bien structuré. Il fut vendu en 1774 aux « Monts de Piétés », qui le louèrent entre autres au cardinal Borromée, qui la rénova et l’embellit. Le palais fut alors rebaptisé « Gabrielli-Borromini ». En 1795, il fut cédé à la « Fabbrica di San Pietro », pour ses bureaux. Quelques longues années plus tard, en 1824, le pape Léon XII rétablit la Compagnie. Le palais Gabrielli-Borromini retrouva alors son ancienne fonction, mais surtout dans la lignée du « pensionnat pour les nobles », c’est-à-dire pour les « gens respectables » de Rome et d’Italie.
La paix du collège ne dura pas longtemps. Les luttes pour le pouvoir et pour (ou non) l’unité de l’Italie devinrent très vives. À Rome, le pouvoir civil du pape était de plus en plus contesté et menacé, tout comme tous les régimes non démocratiques en Europe. En 1848, le pape Pie IX dut fuir à Gaeta et le pouvoir civil fut assumé à Rome par une brève (2 ans) « république romaine ». La Compagnie fut temporairement expulsée du Palais Borromée. En 1851, cependant, le « Convitto dei Nobili » y fut rétabli et en 1853 le Collège germano-hongrois y rientra aussi. Cependant, en 1870, l’armée italienne gagna contre les troupes du pape. L’internat fut de nouveau fermé et la loi du nouveau pouvoir, anticlérical, décida la dissolution des ordres religieux.
Le sort du Collège romain fut moins dur ; il était trop utile. En 1873, Pie IX «autorisa le collège à prendre le titre d’Université pontificale grégorienne du Collège romain», mais l’État italien l’obligea à quitter son siège, son impressionnant palais autour de l’église de Saint-Ignace, et à déménager au tout proche Palais Bellarmino, devenu alors le siège de la « nouvelle » Grégorienne. Les scolastiques jésuites trouvèrent refuge Via Giulia dès 1870. À partir de 1873, le Palazzo Gabrielli ne put plus accueillir les séminaristes diocésains, tandis que « les scolastiques de la Compagnie, quittant le siège provisoire de Santa Caterina, via Giulia, rejoignirent le palais Bellarmino: le Collège romain fut ainsi reconstitué dans sa forme originale» (Miguel Coll). Les professeurs de la Grégorienne et les étudiants jésuites y restèrent ensemble de 1873 à 1930, jusqu’à ce que l’Université pontificale puisse déménager dans son tout nouveau bâtiment, Piazza della Pilotta.
De 1930 à 1948, quelques professeurs de la Grégorienne résidèrent encore dans le palais Bellarmin, tandis que sa structure interne commençait à subir diverses transformations. En 1927, la direction du collège fut confiée au père provincial de l’Italie. Auparavant, il dépendait directement du Général de la Compagnie, p. Włodzimierz Ledóchowski. Mais en 1949, le Père Jean-Baptiste Janssens, Général de la Compagnie depuis 1946, reprit en main le sort du bâtiment et décida de le transformer en maison pour les étudiants jésuites étudiant à Rome. Les professeurs de la Grégorienne ont alors tous déménagé dans leur nouvelle résidence.
À partir de ce moment, le collège Bellarmin se conforme aux rythmes de la vie académique de la Grégorienne qui, année après année, élargit ses programmes et change la physionomie de son corps étudiant. Notons qu’au moment du transfert de l’ancien au nouveau siège de la Grégorienne, un doctorat en théologie était obtenu en trois ans, le même temps que dure aujourd’hui un premier cycle en théologie. Les programmes de l’université n’ont pas tardé à atteindre par la suite un niveau universitaire normal.
2. Une communauté internationale
Le Bellarmin est né avec une particularité, celle d’être situé au cœur de la ville à l’ombre des bâtiments du pouvoir italien, contrairement aux autres maisons de formation de la Compagnie qui, avant le Concile Vatican II, étaient toujours situées loin des centres urbains. Malgré l’emplacement du bâtiment qui ressentait la vie trépidante de la ville, celle des bâtiments gouvernementaux et des églises du centre, les étudiants de Bellarmino se permettaient peu de distractions. La vie de la communauté est conçue pour étudier et terminer ses études dans les plus brefs délais, tout en assurant des moments importants pour la pastorale sacerdotale.

Les membres de Bellarmin sont tous jésuites, frères, prêtres ou diacres. La plupart des membres de la communauté étudient, d’autres sont destinés au service communautaire, d’autres encore enseignent à l’université grégorienne ou dans d’autres universités. Les étudiants que la Compagnie envoie au Bellarmin sont inscrits dans le deuxième ou le troisième cycle d’études des Universités pontificales. L’Institut biblique et l’Institut oriental, gérés par la Compagnie par mandat pontifical, accueillent dans leurs communautés ceux qui suivent leurs programmes. L’âge moyen de la communauté du Bellarmin est de plus de 30 ans. La plupart des étudiants fréquentent la Grégorienne ; certains étudient la liturgie à l’Anselmianum chez les moines bénédictins, la patrologie à l’Augustinianum chez les pères augustiniens et la pédagogie à l’université des pères salésiens.
La dimension interculturelle du Bellarmin, comme dans les autres communautés de la Domus Interprovinciales Romanae (la «DIR»), est l’une de ses principales particularités. Le défi reste celui de l’inculturation, de « s’incarner » dans le pays où nous avons été envoyés et qui nous accueille. Cependant, la principale difficulté – celle de vivre quelques années à Bellarmino – limite certains étudiants à consacrer du temps à l’apprentissage de l’italien et à l’activité apostolique. Il n’est pas difficile de vivre à Rome tout en restant dans sa culture si elle est dominante (française, anglaise, espagnole, etc.). Cette difficulté culturelle et sacerdotale peut limiter le principe de mobilité qui est coutumier dans la Compagnie « globale » et dans les Églises locales. C’est pourquoi le Bellarmin nous invite à acquérir une sensibilité à la culture du pays dans lequel nous vivons, en plus de celle de notre origine personnelle. Les environnements des institutions académiques – la Grégorienne, l’Anselmianum, l’Augustinianum et la Salésienne – sont des lieux où se font aussi sentir l’internationalité et l’interculturalité.
3. Quelques lignes directrices rapportées par le Père Arturo Sosa
Le Père Général, dans une lettre du 10 avril 2019, intitulée « Les missions confiées à la Compagnie à Rome », a rappelé l’importance de la formation intellectuelle offerte à Rome pour l’Église et pour la Compagnie.
« Actuellement, un peu moins de 2% du total des jésuites sont destinés à Rome pour un travail permanent, ce à quoi il faut ajouter un peu plus de 5% des jésuites en formation dans toute la Compagnie, qui viennent poursuivre leurs études dans les institutions académiques romaines […]. Mon prédécesseur, le Père Nicolas, demanda à chaque Conférence de Supérieurs Majeurs d’envoyer chaque année un certain nombre de jésuites dans ces centres de Rome, qui soient spécialement doués aux points de vue intellectuel et humain, en vue de tâches de formation dans l’avenir, et qui puissent être disponibles, s’il se confirmait qu’ils avaient les qualités requises, pour une mission dans la DIR et dans d’autres instances internationales […]. L’Université Grégorienne, héritière du Collège Romain fondé par Ignace, ainsi que les Instituts Biblique et Oriental, offrent des études de spécialisation et d’initiation dans la recherche systématique à tous les niveaux, et ils constituent des centres hautement recommandables par leur compétence académique reconnue. Dans les communautés du Collège Saint Robert Bellarmin, des Instituts Biblique et Oriental se trouvent près de cent jésuites de diverses provinces qui poursuivent des études de spécialisation dans nos institutions et dans d’autres instituts de qualité à Rome […]. Enfin, en vue d’assurer la croissance de la Compagnie de Jésus comme corps universel, je considère très important qu’il y ait dans les Maisons interprovinciales de Rome une présence qualifiée et proportionnelle de jeunes jésuites de toutes les Assistances ».
Les objectifs poursuivis par le Collège Bellarmin assument, dans la mesure du possible, les indications de « profondeur intellectuelle » qu’indiquait le Père Sosa dans sa lettre du 10 juillet 2017 intitulée : « Notre vie est mission, la mission est notre vie ». Nous y lisons : « Pour répondre selon notre manière de procéder à ces défis apostoliques, nous avons besoin […] de la profondeur intellectuelle qui nous permet d’aller au-delà des apparences et qui aide à trouver de nouvelles possibilités pour une vie digne pour tous les êtres humains ».
La « profondeur intellectuelle » se construit à travers la progression des études, aussi bien à travers la licence qui offre un début de spécialisation, que le doctorat qui conclut la formation académique et constitue une période de spécialisation dans une discipline déterminée. Les étudiants de deuxième cycle qui terminent leur licence ne sont pas automatiquement appelés à une future mission académique. Ils sont affectés à Rome de la même manière que les autres étudiants de la Compagnie sont affectés à divers lieux d’études de la Compagnie pour respecter la recommandation prévue tant par les « Normes complémentaires » (n. 92) que par les Constitutions de la Compagnie. Ces sources exigent que chaque jésuite – généralement après l’ordination – obtienne une licence en théologie ou en philosophie, ou dans une discipline spéciale équivalente si cela est jugé approprié.
Les jésuites destinés à enseigner dans leurs Provinces seront encouragés à tirer le fruit de leurs études et à savoir rendre ce qu’ils ont reçu au Collège Bellarmin comme à l’Université, et être créatifs. Les étudiants destinés au doctorat sont généralement envoyés à Rome avec une mission déjà orientée pour s’intégrer dans la communauté académique d’enseignants ou de spécialistes pour servir soit dans la DIR, soit dans leurs Provinces, soit dans des Églises particulières. Pour eux, il est raisonnable de penser à une période d’études d’environ 8 semestres (4 ans). Bien sûr, des accidents sont toujours possibles, par exemple pour des raisons de santé, mais il est également possible qu’un doctorant puisse soutenir sa thèse en trois ans, tout en maintenant la haute qualité de ses recherches.
II. 1970-2020
Évolution de l’origine géographique
des membres du Bellarmin, depuis 50 ans
Classification selon les espaces des actuelles
«Conférences des Provinciaux»
A : année
B : Afrique et Madagascar (JCAM)
C : Amérique Latine (CPAL)
D : Amérique du Nord (JCCU)
E : Asie Orientale (JCAP)
F : Asie Sud (JCSA)
G : Europe (JCEP)
H : Total
| A | B | C | D | E | F | G | H |
| 2020 | 16 | 11 | 7 | 8 | 7 | 18 | 67 |
| 2010 | 15 | 7 | 8 | 5 | 11 | 21 | 67 |
| 2000 | 10 | 13 | 7 | 7 | 6 | 42 | 85 |
| 1990 | 8 | 21 | 26 | 12 | 13 | 40 | 120 |
| 1980 | 6 | 24 | 14 | 8 | 4 | 65 | 121 |
| 1970 | 1 | 26 | 15 | 4 | 3 | 72 | 121 |
III. 1976-2021
Les collaborateurs:
1976 Mejia Saldarriaga Rodrigo Mgr (AOR) eng: From Colombia to Etiopia
1977 Taliano Antonino (EUM) ita: Tra una formazione approfondita e la missione nel campo
1980 Pietras Henryk (PME) ita: Anni felici
1982 Amani Leo (AOR) eng: Psicology and brotherhood
1985 Mattheeuws Alain (EOF) fra : Une expérience ecclésiale et de la compagnie universelle
1986 Kujur Sudhir (RAN) eng : A strong sense of “we” feeling among us
1992 Bafuidinsoni Jean-Donat Mgr (ACE) fra : Études, mission, providence
1995 Xalxo Leander (MAP): Unity in diversity
1996 Pattarumadathil Henry (KER) eng: From Kerala to Biblical Institute
1998 Kokkaravalayil Sunny Thomas (KER) eng: I was the only one studying at the Orientale
1999 Bizant Milan (SVN) ita: Compagnia universale ed amicizie profonde
2002 Kupelesa Ilunga Max. (ACE) fra : Seul en psychologie
2003 Lentiampa Adrien (ACE) fra : L’expérience de passer au Collège Bellarmin
2004 Alonso-Lasheras Diego (ESP) esp: Vida eclesial y preparación académica
2006 Vitoriano Ribeiro Elton (BRA) bra: Imponência arquitetônica e minha casa
2009 Dwi Kristanto Heribertus (IDO) eng : A unique experience
2009 Ravelokamisy Léonard (MDG) fra : Quelques années propices à Rome
2010 Modrić Alan (CRO) ita: Una compagnia internazionale per un destino ecclesiale mondiale
2012 Sáenz A. Christian (ANT) eng: Practically in the library, ideal situation
2013 Jaovary Julien (MDG) fra : Approfondissement et rénovation
2013 Nguyen Mai Kha (VIE) eng: A marvelous experience, and today
2015 Yuraszeck Krebs José Francisco (CHL) esp: Estudios y ministerios eclesiales
2015 Rukavina Tomislav (CRO) ita: Una vita spirituale significativa
2017 Espinal Cristhian (CAR) esp: Vida académica y crecimiento espiritual
2017 Peña Martinez Moisès Roberto (COL) esp: La amabilidad y «nuestro modo de proceder»
2018 Tolande Gabriel (ACE) fra : Deux anciens animaient la vie spirituelle
2019 Mireles Bueno Enrique Javier (MEX) esp: Misión en y de la compañía
2021 Ortega Silva Marcos (MEX) esp: Un colegio particular por una misión universal